Atelier Mobile

 

La réalité du sculpteur sur bois qui produit des œuvres de grand format est qu’il doit toujours organiser son espace de travail, gérer ses matériaux, entreposer ses sculptures, trouver des lieux et contextes de diffusion, transporter ses œuvres, et expliquer sa démarche et ses manœuvres aux curieux.

Avec le temps, je me rends compte que mes œuvres font l’objet d’un dialogue et suscitent l’intérêt des gens même lors de leur déplacement. Le chargement, sécuritaire tout en étant souvent démesuré, engendre des situations amusantes dans les stations-services et sur la route. J’ai donc amorcé une réflexion pour créer des projets qui peuvent créer un lien direct avec une population qui n’est pas forcément habituée à vivre une expérience esthétique et à se retrouver au cœur d’une manifestation artistique. Ce côté accessible, je souhaite l’exploiter dans ce projet sous forme d’un atelier mobile animé.

Le projet prendra la forme d’une résidence de création et d’une exposition itinérante éphémère. L’expérience offerte au visiteur s’étend du simple sourire du passant à la vue de l’atelier animé par l’artiste à l’œuvre, à la participation au projet en prenant la pose, ou à la prise de parole dans une captation vidéo de l’état d’esprit de la population par rapport à la situation particulière que nous vivons. Le but est de constituer plusieurs individus pour les rassembler de manière symbolique, en essayant de capter ce qui ressort de la pandémie et comment les gens la vivent. Le projet rassemble les gens autrement que physiquement.

Mes sculptures sont souvent placées dans des lieux inusités et à plusieurs reprises j’ai installé ou fabriqué des projets en dehors des lieux de diffusion ou de création habituels (Zoo du petit Champlain 2010, résidence Vrille art actuel 2015 notamment). Les centres de diffusion sont actuellement fermés. En attendant une réouverture progressive, il y a un espace vacant. Cet espace peut permettre de créer des petits projets ponctuels, ou soit créer sur place, ou soit diffuser des sculptures dans des lieux publics de manière spontanée.

Comme les peintres impressionnistes qui ont ressenti le besoin de saisir sur le vif les ombres et lumières, je souhaite par ce projet faire cette sortie de l’atelier. L’œuvre des frères Bourgault, qui ont marqué l’histoire de l’art et de la sculpture au Québec, a vu ses fondements par l’observation concrète du quotidien et la création de figurines en bois représentant leurs contemporains. Notre période actuelle a créé une violente rupture dans notre rythme. Je souhaite par mes sculptures figer en bois ces personnes que je croise dans la rue ou dans les parcs de ma ville. En représentant ces passants, je pourrais, après cette période, revoir cette époque, comme les œuvres sculptées des frères Bourgault qui eux, traitaient du quotidien. L’accumulation des sculptures pourra après faire l’objet d’une installation, qui pourra rapprocher toutes ces personnes si loin avant.

Mon but, par ce projet, est d’observer cette crise sanitaire, et d’offrir par l’installation et le travail de mes sculptures dans les parcs, des îlots de poésie. Mes sorties avec mon atelier mobile seront prévues dans un horaire afin d’organiser la logistique de la manœuvre. Les gens pourront suivre l’avancement du projet sur les médias sociaux.